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  • 3 poèmes dans la Revue belge "Traversées n°70"

    La Revue trimestrielle de Décembre 2013 de Patrice BRENO vient de sortir. C'est là son N° 70, et un travail qui ne cesse de se peaufiner.

    De couleurs automnales les minéraux de la couverture, nous appellent à rentrer au coeur de nous même.

    Le contenu est épais, soigné...de belle qualité.

    3 de mes poèmes de l'an passé y ont été inserrés

    • Un matin de Benjoin p 31
    • Il aplu toute la journée p 32
    • Murmure lancinant p 33

    Voici un petit extrait pour vous mettre l'eau à la bouche:

    Traversées n° 70.jpg

      

    "Un matin de benjoin,

     

    La terre chocolat répand faiblement ses odeurs de lisier,

     

    Le moment est tranquille, apaisant

     

    Comme une suspension de vide avant l’orage.

     

    Nous sommes au sortir de l’hiver,

     

    Le froid chrysalide frappe à la fenêtre givrée,

     

     

    Les astres célestes ont fini la nuit et reflètent une dernière fois,

     

    Leur image stellaire  sur le monde.

     

    Un arbrisseau de saule a tenté de gonfler ses bourgeons,

     

    Acte héroïque en cette saison.

     

     

    Le petit bois voisin, mélange ses teintes en patchwork,

     

    Tirant plutôt sur des couleurs froides de gris vert, ou terre de Sienne.

     

    Dans le pré du voisin, une jeune brebis de l’année,

     

     vient de mettre au monde son premier agneau chéri.

     

    Bonne guerrière, la délivrance s’est bien passée.

     

    Elle le lèche avec un amour immense.

     

    Cette nature si forte et intransigeante, laisse ici passer toute sa délicatesse.

     

    C’est le chant d’un départ tout neuf,

     

    Comme un cartable d’écolier sentant le cuir,

     

    Le jour de la rentrée des classes.

     

     

    Et le court de la vie ruisselle de toute sa sève..."

     

     

     

  • ALBERT CAMUS (1913-1960) Editorial de Combat *, 8 août 1945.

    Il y a cent ans cette année, un écrivain Humaniste, originaire d'un bout de France au Sud de la Méditerrannée s'écrasait cen auto ontre un platane, il avait 47 ans, et ses plus belles oeuvres littéraires restaient à écrire. Quelques personnes de mon entourage ont eu la chance de croiser son chemin. Mais lorsque l'on avait étudié "La Peste" l'une de ses oeuvres majeures au collège, j'avaisbien senti à l'époque, de retour à la maison, qu'un vent chaud tel un sirocco soufflait dans la direction opposée. Aujourd'hui, aprés avoir lu, chercher..je comprends. Camus le juste s'est toujours placé du côté des "bons", ces gens que l'on dit ün rien "naïfs", tel un peu le FADA de Provence. Camus l'enfant d'Afrique du Nord, l'orphelin a façonné son destin, en opposition à Sartre. Aprés avoir tatonné, j'ai aujourd'hui choisi. Albert Camus reste la partie de mes racines à jamais réconciliée avec ces ancêtres courageux, qui ont quitté Espagne et Italie pour devenir ce que je suis aujourd'hui.

    Aussi en hommage respectueux à ce grand homme, et en symbole d'un combat de tous les jours de chacun pour façnner son quotidien, je vous propose de lire ce texte sublime...

    ALBERT CAMUS (1913-1960)

                                     

    Editorial de Combat *, 8 août 1945.

       

     

          Le monde est ce qu'il est, c'est-à-dire peu de chose. C'est ce que chacun sait depuis hier grâce au formidable concert que la radio, les journaux et les agences d'information viennent de déclencher au sujet de la bombe atomique. On nous apprend, en effet, au milieu d'une foule de commentaires enthousiastes que n'importe quelle ville d'importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d'un ballon de football. Des journaux américains, anglais et français se répandent en dissertations élégantes sur l'avenir, le passé, les inventeurs, le coût, la vocation pacifique et les effets guerriers, les conséquences politiques et même le caractère indépendant de la bombe atomique. Nous nous résumerons en une phrase : la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l'utilisation intelligente des conquêtes scientifiques.

          En attendant, il est permis de penser qu'il y a quelque indécence à célébrer ainsi une découverte, qui se met d'abord au service de la plus formidable rage de destruction dont l'homme ait fait preuve depuis des siècles. Que dans un monde livré à tous les déchirements de la violence, incapable d'aucun contrôle, indifférent à la justice et au simple bonheur des hommes, la science se consacre au meurtre organisé, personne sans doute, à moins d'idéalisme impénitent, ne songera à s'en étonner.

          Les découvertes doivent être enregistrées, commentées selon ce qu'elles sont, annoncées au monde pour que l'homme ait une juste idée de son destin. Mais entourer ces terribles révélations d'une littérature pittoresque ou humoristique, c'est ce qui n'est pas supportable.

          Déjà, on ne respirait pas facilement dans un monde torturé. Voici qu'une angoisse nouvelle nous est proposée, qui a toutes les chances d'être définitive. On offre sans doute à l'humanité sa dernière chance. Et ce peut-être après tout le prétexte d'une édition spéciale. Mais ce devrait être plus sûrement le sujet de quelques réflexions et de beaucoup de silence.

          Au reste, il est d'autres raisons d'accueillir avec réserve le roman d'anticipation que les journaux nous proposent. Quand on voit le rédacteur diplomatique de l'Agence Reuter* annoncer que cette invention rend caducs les traités ou périmées les décisions mêmes de Potsdam*, remarquer qu'il est indifférent que les Russes soient à Koenigsberg ou la Turquie aux Dardanelles, on ne peut se défendre de supposer à ce beau concert des intentions assez étrangères au désintéressement scientifique. ..

               Devant les perspectives terrifiantes qui s'ouvrent à l'humanité, nous apercevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille d'être mené. Ce n'est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l'ordre de choisir définitivement entre l'enfer et la raison.

    NOTES

    Combat : Journal clandestin lié à la Résistance pendant l’occupation allemande. Camus y entre sans doute dés 1942. Le 24 Août 1944 paraît le premier numéro diffusé librement. Combat devient quotidien à la libération. Essayiste et romancier célèbre depuis Le Mythe de Sisyphe (1942) et L’Etranger (1942), Camus en sera le principal éditorialiste en 1944-1945.

    Agence Reuter : l’une des plus grandes agences mondiales d’information, d’origine britannique.

    Potsdam : La Conférence de Potsdam (17 Juillet-2 Août 1945) avait défini les zones d’influence respectives des Russes et des Américains après la défaite allemande : elle avait notamment entériné la présence des Soviétiques en Allemagne de l’est (Koenigsberg) et placé la Turquie (donc les Dardanelles) sous influence américaine.